
Elena et l'homme du palier
Roman érotique voisin séduisantRomance11 min de lecture
Une histoire de Elena Petrova
Un nouvel homme s'installe en face de chez Elena. Sur le palier, il l'écoute jusqu'au bout. Elle frappe à sa porte.
Le printemps collait aux murs de la cage d’escalier, une odeur de tilleul mouillé et de poussière chaude, et j’avais posé le dernier carton le mardi sans rien ranger. Les cartons restaient ouverts dans le séjour, des piles de livres encore ficelées, des draps trop neufs pliés à même le sol, et l’appartement sentait le carton mêlé au savon trop fort de l’ancien locataire. Elena habitait en face. Elle était danseuse, le corps encore dressé par des années de barre, et dès le mercredi elle s’arrêtait sur le palier comme si l’immeuble lui devait une conversation. Elle avait les cheveux relevés n’importe comment, une nuque pâle, des épaules qui ne savaient plus se voûter, et elle parlait trop près, comme si la distance d’un palier n’existait pas. Je n’étais que l’homme d’en face, et je n’avais rien à lui offrir d’autre que d’écouter jusqu’au bout.
Elle parlait par phrases entières, un peu trop tenues, puis elle les faisait basculer d’un sourire trop vif. Sa voix gardait le soir un accent qu’elle ne corrigeait plus, une musique russe sous le français, et elle s’en apercevait trop tard, trop tard pour le ravaler. Un soir elle m’avait dit que le directeur n’aurait pas d’elle le nom de ce qu’elle était pour lui, et elle avait laissé le reste ouvert. J’avais attendu, parce que c’était tout ce que je savais faire, et elle le vérifiait du regard.
Le jeudi, le vendredi, le samedi, nous nous croisions à la même heure, quand les portes se fermaient et que Paris, en bas, n’était plus qu’un bruit de pneus sur le bitume tiède. Elle portait toujours quelque chose de trop léger pour l’escalier, un cardigan ouvert, une robe qui collait aux hanches, et je voyais la fatigue des répétitions dans la façon dont elle posait le pied, dans la ligne encore trop droite de son dos. Elle tournait parfois un bracelet mince autour de son poignet, un fil rapporté de Saint-Pétersbourg, et elle me regardait pour voir si j’avais suivi ce qu’elle n’avait pas nommé. Je ne complétais pas. Le silence tenait entre nous comme une pièce qu’on n’osait pas encore habiter, et le désir n’avait plus d’excuse, plus de scène, plus de titre.
Dimanche, elle a frappé.
J’ai ouvert. Elena était pieds nus, une chemise trop légère pour le courant d’air du palier, et elle m’a regardé une seconde trop longue avant d’entrer sans demander. Ses orteils étaient poudreux de la poussière du palier, ses genoux marqués d’une ancienne chute, et la chemise laissait voir la ligne sombre des aréoles. La porte s’est refermée dans son dos. Elle m’a poussé contre le bois encore froid, s’est élevée sur la pointe des pieds, et sa bouche a trouvé la mienne avec une décision qui n’avait plus rien de prudent. Elle sentait le savon et un peu de sueur ancienne, le parfum trop cher qu’elle mettait pour les soirs où elle ne dansait pas. J’ai senti ses seins contre ma poitrine, les tétons déjà durs à travers le tissu, et mes mains ont glissé sous la chemise, le long de sa taille, jusqu’à ses fesses nues. La peau était chaude, lisse, tendue sous les paumes. Elle n’avait rien en dessous. Elle était déjà mouillée, la chatte chaude contre ma cuisse quand elle a écarté une jambe pour me chercher.
« Vous écoutez trop bien, a-t-elle dit contre ma bouche, et c’est dangereux pour les gens comme moi. » Le sourire est venu juste après, trop tard pour annuler la phrase, et j’ai compris qu’elle voulait que je la prenne ici, debout, avant même d’avoir un lit. J’ai déboutonné mon pantalon d’une main, sorti ma bite déjà dure, et je l’ai soulevée. Ses cuisses se sont refermées autour de mes hanches. Elle était légère, plus légère que son corps de danseuse ne le laissait croire, et ses mollets se sont croisés dans mon dos. J’ai guidé le gland contre ses lèvres gonflées, j’ai frotté une fois dans le glissant, et je l’ai enfoncée d’un seul coup jusqu’à la garde.
Elle a lâché un bruit bas, presque offensé d’être si ouverte si vite, et ses ongles se sont plantés dans mon épaule. Je l’ai baisée contre la porte, chaque poussée la soulevant un peu, le bois qui cognait dans le cadre, sa chatte serrée qui m’avalait entièrement. Je sentais le col de l’utérus au fond, ce petit choc mou qui la faisait gémir plus fort, et je n’allais pas plus doucement. Elle était trempée. Ça coulait le long de mes couilles. Elle a mordu ma lèvre inférieure et a relevé le bassin pour que je la percute plus bas, plus fort, et j’ai compris qu’elle ne voulait pas qu’on parle encore.
« Plus fort, a-t-elle soufflé, et ne me demandez rien. » J’ai obéi. Je l’ai tenue sous les cuisses et je l’ai prise comme on prend une chose qu’on n’a pas le droit de garder, jusqu’à ce que ses seins rebondissent hors de la chemise ouverte et que sa tête bascule en arrière contre le bois. Ses seins étaient plus lourds que je ne l’avais imaginé, la peau marquée d’une petite tache près du sternum, et je les ai regardés bouger à chaque coup. Sa chatte se contractait déjà par vagues irrégulières. Je n’ai pas ralenti. Je voulais la sentir jouir avant d’avoir un nom pour ce que nous faisions.
Je l’ai portée jusqu’à la table de la cuisine, encore en moi, et je l’ai allongée sur le bois nu parmi les cartons. Elle a laissé sa tête pendre un instant, les cheveux étalés, et elle a ri d’un rire trop court, comme si elle se surprenait elle-même. Je me suis retiré. Elle a protesté d’un son trop franc, les cuisses ouvertes, la chatte rouge et brillante, le clitoris sorti, et j’ai posé sa nuque sur le bord pour lui écarter les genoux. Je me suis mis à genoux. Le sol était froid sous mes rotules. J’ai léché d’abord la fente entière, de l’anus jusqu’au clitoris, lentement, pour goûter ce que j’avais déjà baisé, et elle a agrippé le bord de la table des deux mains.
Sa chatte avait le goût de nous deux, salé, chaud, un peu amer. J’ai sucé les lèvres une à une, je les ai écartées avec les pouces, et j’ai enfoncé la langue aussi loin que possible, en la faisant claquer contre le point le plus sensible à l’intérieur. Elena a levé le bassin. Elle a posé un talon sur mon épaule. Je suis passé au clitoris, plat, puis pointu, puis en petits cercles trop précis, et j’ai glissé deux doigts en elle, recourbés, pour frotter ce renflement qui la faisait perdre le fil de sa respiration.
« Vous allez me faire… » Elle n’a pas fini. Le bracelet a tourné une fois autour de son poignet, un geste minuscule, et j’ai senti qu’elle s’approchait trop de dire ce qu’elle voulait. J’ai redoublé. Mes doigts la pilonnaient, ma bouche collée à son clitoris, et elle a joui d’un coup, les cuisses refermées sur ma tête, un cri étouffé contre son poing, le sexe qui battait autour de mes phalanges par saccades longues. J’ai continué. Elle a essayé de reculer. Je l’ai tenue par les hanches et je l’ai léchée jusqu’à la deuxième vague, plus sale, plus bruyante, jusqu’à ce que ça coule sur le bois et sur mon menton.
Quand elle a repris l’air, elle m’a tiré vers le haut par les cheveux et m’a embrassé en goûtant sa propre chatte sur ma bouche. Ses yeux étaient trop ouverts. Elle avait l’air d’une femme qui venait de se donner un droit qu’elle n’avait pas prévu d’exercer.
Le lit n’était qu’un matelas posé, des draps trop neufs. Elena m’y a fait asseoir, s’est mise à califourchon, a pris ma bite à deux mains et s’est enfoncée dessus sans attendre. Elle était encore trop sensible. Je l’ai vue grimacer et aimer ça en même temps, la bouche ouverte, les seins lourds à hauteur de ma figure. J’ai pris un téton entre les lèvres, je l’ai mordu assez pour la faire gémir, et elle a commencé à me chevaucher, d’abord lentement, puis avec ce rythme de danseuse qui sait exactement où frotter.
Sa chatte me pompait. Je la regardais descendre jusqu’à m’avoir tout entier, remonter jusqu’au gland, redescendre en se fendant davantage. Elle s’appuyait sur ma poitrine, les cheveux dans le visage, et elle me baisait comme si elle avait décidé, pour une heure, de n’appartenir à personne d’autre. J’ai posé les mains sur ses hanches et je l’ai aidée, plus fort, plus profond, jusqu’à ce que le bruit de sa mouille remplisse la pièce. Elle riait parfois entre deux gémissements, ce rire qui la sauvait d’habitude, et ce soir-là le rire sonnait trop juste, trop près de quelque chose qu’elle n’allait pas dire.
« Nicolas, a-t-elle lâché, vous allez me faire croire que c’est simple. » Mon prénom, une seule fois, posé là comme un objet qu’on n’ose pas ramasser. Je l’ai tirée contre moi, poitrine contre poitrine, et je l’ai baisée par en dessous, les hanches soulevées, jusqu’à ce qu’elle jouisse encore, collée, la chatte qui me serrait par à-coups, un sanglot au fond de la gorge. Je n’ai pas joui. Je la voulais autrement. Je la voulais prise.
Je l’ai retournée. Elena s’est mise à quatre pattes sur le matelas sans qu’on en discute, le dos creusé, le cul offert, la chatte ouverte et luisante entre les cuisses. Je me suis placé derrière elle, j’ai frotté le gland contre son clitoris encore trop vif, puis je l’ai enfoncé d’un trait. Elle a poussé un cri dans l’oreiller. Je l’ai prise par-derrière avec toute la longueur, les mains agrippées à ses hanches, et chaque coup faisait claquer ma peau contre la sienne.
Je voyais tout. La façon dont sa chatte s’étirait autour de ma bite, dont ça sortait brillant et rentrait plus fort, dont son anus se contractait à chaque choc. J’ai craché dans ma main et j’ai posé le pouce là, sans entrer, seulement pour la sentir se tendre davantage. Elle a poussé le cul vers moi. Elle voulait ça. Je l’ai baisée plus vite, plus bas, en visant ce point qui la faisait perdre la voix, et elle a commencé à parler sans phrases, des mots cassés, mon nom trop tard, des prières qui n’étaient pas des prières.
« Ne vous arrêtez pas, a-t-elle dit, même si je… » Même si elle quoi. Elle n’a pas fini, et j’ai continué, brutal et précis, jusqu’à ce que ses bras cèdent et qu’elle se retrouve le visage dans le drap, le cul toujours levé, offerte. J’ai senti ma propre jouissance arriver, trop lourde, trop longtemps retenue. Je l’ai prévenue d’une pression plus forte des doigts. Elle a tendu une main en arrière, a agrippé ma cuisse, et j’ai déchargé au fond d’elle par saccades longues, le sperme chaud qu’elle a pris sans reculer, la chatte qui me trayait jusqu’à la dernière goutte.
Je suis resté en elle. On respirait trop fort. Le printemps entrait par la fenêtre mal close, une odeur de pluie et de sexe, et je n’avais plus d’excuse pour ce que je m’apprêtais à lui demander.
Je me suis couché contre son dos, encore en elle, encore dur par moments, et j’ai passé un bras autour de sa taille. Elena ne riait plus. Sa nuque sentait le sel. J’ai attendu que son cœur redescende, que sa chatte cesse de me serrer par réflexe, et j’ai parlé contre sa peau.
« Dis que tu veux être gardée. »
Le mot est resté entre nous, trop nu. Elle a bougé à peine, assez pour que je glisse hors d’elle, le sperme coulant le long de sa cuisse, et elle s’est tournée vers moi. Son visage avait cette composition trop calme, celle des gens qui ont appris à ne pas se nommer. Elle a frôlé le mot. Je l’ai vu passer derrière ses yeux, trop près, trop vrai. Puis elle a ri. Le rire était trop court. Il lui a coûté, et elle l’a senti, et moi aussi je l’ai senti, cette petite déchirure dans la pièce qui n’était plus tout à fait un jeu.
« Les gens qui gardent, a-t-elle dit enfin, finissent toujours par demander un titre. » Elle a sous-cuté la phrase d’un sourire trop léger, et le sourire n’a protégé personne. Je lui ai caressé la hanche, lentement, sans insister. Elle a fermé les yeux. Elle n’a pas dit le mot. Elle n’a pas dit non davantage. Elle s’est seulement tue, et le silence a eu le poids d’un aveu qu’on refuse de signer.
Je l’ai embrassée une dernière fois, trop tendrement pour ce que nous venions de faire, et elle s’est habillée sans se presser, la chemise recollée au corps, le bracelet remis en place comme une garde. À la porte, elle a posé la main sur le bois, a commencé une phrase, et l’a laissée inachevée. J’ai compris qu’elle rentrait. J’ai compris aussi qu’elle avait failli se nommer, et que ça lui faisait peur autant que ça me faisait mal.
Je l’ai suivie des yeux jusqu’à sa porte, de l’autre côté du palier. Elena a glissé la clé, a poussé, et s’est arrêtée net. Une enveloppe était passée sous le battant pendant que nous étions chez moi. Elle s’est baissée. J’ai vu le timbre, le cyrillique, Saint-Pétersbourg en toutes lettres. Elle a décacheté sans rentrer, debout dans l’entrebâillement, et j’ai lu sur son visage ce que la lettre disait avant qu’elle n’en ouvre la bouche.
Un homme déjà choisi. Un mariage dont on lui parlait comme d’une date, pas d’une question. Elle a relevé les yeux vers moi, trop vite, et elle a commencé : « Ils ont… » Puis plus rien. Le bracelet a tourné. Elle a refermé les doigts sur le papier comme on referme une plaie, et elle est entrée chez elle sans me dire si elle resterait, sans me dire si elle partirait pour de bon.
La porte s’est fermée. Le palier est redevenu un palier. J’avais le goût d’elle encore dans la bouche, le mot non dit encore dans la pièce, et de l’autre côté du bois une lettre qui l’envoyait vers un homme qu’elle n’avait pas choisi, dans un lieu où il faudrait bien rester, ou partir, et ne plus jamais frapper chez moi.