
Elena sur le bureau du directeur
Patron autoritaireRomance12 min de lecture
Une histoire de Elena Petrova
Le directeur de sa compagnie convoque Elena dans son bureau après la répétition. Il n'aime pas qu'on le taquine. Elle reste.
Le soir était déjà noir sur Paris quand Elena Petrova a franchi le seuil de mon bureau, et avec elle un peu de ce froid sec qui collait encore aux manteaux. La neige s’accrochait aux toits de la rue de la Grange-aux-Belles, trop mince pour être belle, trop tenace pour fondre, tandis que le calorifère de fonte cliquetait contre le silence de l’immeuble. J’avais fait appeler la danseuse après la répétition, parce que je l’avais regardée travailler trois heures d’affilée sans détourner les yeux. Elle portait encore le collant noir sous un manteau trop léger pour un janvier parisien, et le bracelet de Saint-Pétersbourg, ce cercle d’or un peu usé qu’elle faisait tourner dès qu’elle pensait, glissait déjà autour de son poignet. Elle est entrée le visage trop conscient de ce qu’il trahissait, et elle a posé son sac contre le dossier d’une chaise sans s’asseoir, comme si le simple fait de plier les genoux aurait déjà dit trop.
« Vous m’avez fait demander pour le solo du deuxième acte, je suppose, monsieur, » a-t-elle dit, et sa voix avait cette politesse un peu trop nette qui précède toujours autre chose. « Ou pour quelque chose que le deuxième acte n’a pas encore. »
Elle n’a pas achevé la pensée, et je n’ai pas souri pour l’y aider. J’ai posé les deux mains à plat sur le bois du bureau, face à elle, et j’ai attendu qu’elle comprenne que le jeu des phrases ouvertes n’aurait pas lieu ici.
« Ferme la porte, Elena. »
Elle a fermé, et le loquet a claqué avec une netteté d’école. Elle s’est retournée contre le panneau, le manteau encore boutonné jusqu’au menton. J’avais trente-huit ans et la compagnie entière sous ma signature. Elle en avait vingt-trois et le corps le plus discipliné de la salle de répétition. L’écart n’était pas un secret entre nous ; il était la pièce elle-même, l’air trop chaud, la hiérarchie qu’on n’avait pas besoin de nommer.
« Approche. »
Elle a avancé jusqu’au bord du tapis. Je me suis levé sans quitter son visage. Je l’ai prise par le menton sans violence, seulement pour que ses yeux n’aient plus nulle part où se dérober. Ses lèvres étaient froides du dehors. Son regard, lui, ne l’était pas.
« Tu me taquines depuis trois semaines avec des phrases que tu n’achèves pas, » ai-je dit, assez bas pour que le cliquetis du calorifère reste le seul autre bruit. « Je n’aime pas qu’on me taquine. Tu le savais. »
Elle a eu un souffle qui n’était pas tout à fait un rire, un air chaud contre la paume de ma main. « On m’avait dit que Victor Harel n’aimait pas qu’on le taquine. J’ai voulu voir si c’était vrai, ou si c’était seulement. »
J’ai déboutonné son manteau moi-même, bouton après bouton, jusqu’à ce que le collant et le justaucorps apparaissent sous la laine. Elle n’a pas reculé d’un pas. Quand le manteau est tombé sur le dossier de la chaise, j’ai posé ma main au creux de sa nuque, là où les cheveux étaient encore un peu humides, et je l’ai fait descendre vers le tapis.
Elle s’est mise à genoux sur le tapis sans que je le lui demande une seconde fois, les genoux écartés dans le collant, le dos encore droit de l’habitude des barres. J’ai ouvert ma braguette et ma bite, déjà dure, lourde dans ma paume, s’est présentée d’elle-même contre l’air trop chaud de la pièce. Je l’ai avancée contre sa bouche fermée. Elena a levé les yeux. Elle a ouvert les lèvres.
Je suis entré dans sa bouche d’un seul mouvement, assez profond pour qu’elle s’étrangle un instant, et j’ai pris ses cheveux dans mon poing pour que sa tête ne puisse plus reculer. La chaleur de sa langue m’a arraché un grognement que je n’ai pas retenu. J’ai tiré sur ses cheveux pour l’obliger à me regarder pendant que je baisais sa bouche, lentement d’abord, pour qu’elle apprenne le rythme, puis plus fort, jusqu’à ce que le bruit mouillé remplisse le bureau et recouvre le cliquetis du chauffage.
« Prends-la. Toute. »
Elle a pris, et ses mains se sont posées sur mes cuisses, non pour me retenir, mais pour s’y accrocher comme à une barre trop haute. Chaque fois que j’allais trop loin, sa gorge se serrait et ses yeux se mouillaient ; chaque fois, pourtant, elle revenait d’elle-même, la bouche ouverte, la langue plate. J’ai senti sa salive couler le long de ma verge et gicler au coin de ses lèvres. J’ai ralenti pour la regarder sucer, vraiment sucer, les joues creusées, le collant trop tendu entre ses genoux écartés sur le tapis.
« Tu es mouillée, » ai-je dit. « Je le vois. »
Elle n’a pas répondu avec des mots. Un son est monté de sa gorge, coincé autour de ma bite, et ce son m’a fait pousser plus fort, jusqu’à la limite de ce qu’elle pouvait prendre. J’ai tenu sa tête des deux mains et je l’ai utilisée, sans douceur inutile, avec cette précision que je mettais d’ordinaire dans un enchaînement. Le plaisir lui montait aux joues, une rougeur qui n’avait rien à voir avec l’effort de la danse. Elle a glissé une main entre ses cuisses, par-dessus le collant, et j’ai attrapé son poignet avant qu’elle n’aille plus loin.
« Non. Pas toi. Moi. »
J’ai retiré ma bite de sa bouche, et un fil de salive l’a suivie jusqu’à se rompre. Elena a respiré par à-coups, les lèvres rouges, le regard levé vers moi avec une clarté qui n’avait plus rien d’une audition. Je l’ai relevée par les cheveux, assez fort pour que son dos s’étire et que le justaucorps se tende sur sa poitrine. Puis je l’ai tournée vers le bureau.
Je l’ai pliée en avant jusqu’à ce que ses paumes heurtent le bois du plateau. J’ai tiré le collant et le justaucorps d’un seul geste jusqu’au milieu des cuisses. L’ouverture de sa chatte est apparue déjà brillante, déjà offerte, et l’odeur d’elle m’a frappé plus fort que le chauffage trop sec. J’ai passé deux doigts entre ses lèvres, lentement, et elle a poussé un cri étouffé contre le plateau. Elle était si mouillée que mes doigts ont glissé sans effort jusqu’à la dernière phalange, et le velours chaud d’elle a refermé autour.
« Tu es restée, » ai-je dit. « Tu savais ce que tu fermais, en fermant cette porte. »
« Je savais que vous n’alliez pas attendre la fin, » a-t-elle murmuré, et sa voix tremblait contre le bois. « C’est tout ce que. »
J’ai retiré mes doigts. J’ai aligné ma bite contre elle et je l’ai enfoncée d’un seul coup, jusqu’à la base, jusqu’à ce que mon ventre heurte ses fesses et que le souffle lui sorte de la poitrine d’un seul bloc. Elena a crié, et le cri s’est cassé au milieu. Je l’ai sentie se contracter autour de moi, trop serrée, trop chaude, et j’ai dû m’arrêter un instant au fond d’elle pour ne pas jouir tout de suite. J’ai ramené ses poignets dans le dos et je les ai tenus d’une seule main, assez fort pour que ses épaules s’ouvrent. L’autre main s’est plantée dans sa hanche, les doigts dans la chair encore marquée par le collant.
Je l’ai baisée comme cela, pliée, les poignets immobilisés, chaque poussée la faisant glisser un peu plus loin sur le plateau. Elle gémissait à chaque aller, un son bas, presque en colère d’être si ouverte, et ses cuisses tremblaient contre le bord du bureau. Ma bite entrait et sortait, luisante d’elle, et le bruit de sa chatte autour de moi était obscène, mouillé, le seul langage qui restait entre nous.
« Tu n’auditionnes pas, Elena. Je t’ai déjà choisie. »
Elle a eu un hoquet. Ce n’était pas la force du geste qui l’a traversée ; c’était la phrase, posée là comme un contrat. Je l’ai sentie se serrer d’un coup autour de moi, si fort que j’ai dû mordre l’intérieur de ma joue pour ne pas la suivre. Elle a essayé de parler et n’a produit qu’un souffle, chaud, inutile, contre le buvard.
« Choisi pour la scène, » ai-je repris, en la pénétrant plus fort, jusqu’à lui faire perdre l’appui des pieds, « et pour ceci. Tu ne vas plus te tenir devant moi comme une fille qui attend qu’on lise la fin de sa phrase. Je l’ai lue. Tu restes. »
Elle a joui sur ces mots, non pas après, mais dessus, comme si la phrase avait été la dernière poussée. Son corps s’est tendu d’un seul bloc, les fesses contre moi, la chatte en spasmes autour de ma bite, et un cri long lui est sorti de la gorge, déchiré. J’ai continué à la baiser pendant qu’elle jouissait, sans lui laisser le temps de redescendre, les poignets toujours prisonniers. Ses larmes ont mouillé le buvard où je notais d’ordinaire les coupures du deuxième acte. Je n’ai pas ralenti.
Quand le tremblement a commencé à retomber, je l’ai encore tenue pliée un moment, enfoncé jusqu’à la garde, pour qu’elle sente que je n’étais pas fini. Son souffle revenait par à-coups, trop vite. J’ai relâché ses poignets et ses bras sont tombés de chaque côté du bureau, mous. J’ai caressé le bas de son dos, lentement, le plat de la main sur la sueur, et ce geste-là, trop tendre après trop de force, l’a fait gémir plus fort que les coups.
« Tourne-toi. »
Elle a obéi avec une lenteur d’épuisement. Je l’ai aidée à s’asseoir au bord du plateau, les cuisses tremblantes. Puis je l’ai recouchée sur le dos, les fesses juste au-delà du bois. J’ai relevé ses jambes contre ma poitrine. Le justaucorps restait enroulé sous ses seins. Ses cheveux s’étalaient parmi les papiers, noirs sur le blanc des partitions et des contrats. Je l’ai regardée ainsi, ouverte, rouge, encore palpitante, et j’ai rentré ma bite en elle d’un mouvement plus lent, plus bas, pour que chaque centimètre la fasse lever les hanches vers moi.
Elena a fermé les yeux. Je les ai voulus ouverts, parce que le plaisir qu’on cache n’est plus un plaisir qu’on me donne.
« Regarde-moi. »
Elle a regardé, les pupilles trop larges, et j’ai baisé plus profond, les mains sous ses genoux, jusqu’à ce que le plateau heurte la cloison. Sa chatte m’avalait sans résistance maintenant, trop mouillée, trop offerte, et le plaisir lui revenait déjà, trop tôt, trop fort. Elle a agrippé le bord du plateau.
« Vous me gardez pour les nuits, » a-t-elle dit. « Ou vous me gardez pour. »
« Pour les deux, » ai-je répondu. « Tes nuits. Ici. Chez moi. Où je dirai. Tu ne vas plus rentrer seule après les répétitions en te demandant qui a compris. »
J’ai penché le buste au-dessus d’elle et je l’ai prise plus fort, le pubis heurtant le sien, assez profond pour lui couper le souffle. Elle a enlacé ma nuque d’un bras, malgré l’ordre, malgré le bureau, malgré la hiérarchie qui aurait dû lui interdire ce geste, et ce bras-là m’a fait quelque chose de plus dangereux que sa chatte. J’ai senti qu’elle jouissait encore, moins fort, plus long, la bouche ouverte contre mon oreille, un sanglot qui n’avait plus de mot. J’ai ralenti pour la traverser jusqu’au bout. Puis j’ai repris un rythme dur, parce que j’étais au bord, et parce qu’elle l’était encore, accrochée à ma nuque comme à la seule barre qui restait.
Je l’ai retirée d’un coup, et Elena a gémi de la perte, les cuisses encore ouvertes, la chatte clignant autour de rien. Je l’ai fait redescendre à genoux, plus vite cette fois, et j’ai repris ses cheveux dans le poing. Ma bite était luisante d’elle, dure à en faire mal. Elle a ouvert la bouche avant que je le demande.
« Tout. Tu avales. »
Je suis entré dans sa gorge et j’ai joui, le premier jet assez fort pour la faire tousser autour de moi. J’ai tenu sa tête et j’ai continué, le sperme trop abondant, trop chaud, débordant aux coins de ses lèvres, coulant sur son menton jusqu’au justaucorps encore enroulé. Elle a avalé ce qu’elle a pu, les yeux mouillés, les mains sur mes hanches, et le reste a glissé le long de sa gorge. J’ai poussé encore deux fois, à vide, le souffle cassé, le front contre le bois de la porte que j’avais fait fermer une heure plus tôt.
Je suis resté un moment dans sa bouche, plus doux, et j’ai caressé sa tempe avec le pouce. Quand je me suis retiré, un filet blanc a suivi, de sa lèvre inférieure jusqu’à son menton. J’ai essuyé sa lèvre avec le dos de mes doigts, puis j’ai relevé son visage vers la lampe trop basse.
« Debout. »
Elle s’est dressée, et ses jambes n’étaient pas sûres, encore trop molles pour la danseuse qu’elle redeviendrait demain. J’ai remonté le collant le long de ses cuisses, tissu trop étroit sur la peau encore sensible. J’ai défait le justaucorps assez pour le remettre droit sur sa poitrine, le tissu un peu taché. Puis j’ai pris le manteau sur la chaise et je l’ai passé autour de ses épaules avec un soin de vestiaire plutôt que de directeur. J’ai boutonné chaque bouton, du bas vers le col, jusqu’à ce qu’elle soit de nouveau fermée au monde. Le bracelet de Saint-Pétersbourg a heurté ma main, l’or un peu froid. Elle l’a fait tourner, une fois, trop vite, comme on rattrape un tic trop tard.
« Ce que je t’ai dit tout à l’heure tient, » ai-je repris, plus bas. « Il n’y a plus d’audition entre nous. Je veux tes nuits. Toutes. Tu comprends ce que je te demande. »
Elena a fixé le col que je venais d’ajuster. Sa voix, quand elle est venue, était de nouveau cette voix un peu formelle, un peu trop nette.
« Vous me rendez mon manteau comme si j’étais autre chose qu’une danseuse que vous venez de. »
Elle n’a pas fini. Je n’ai pas fini pour elle. Le silence entre la phrase et ce qui manquait pesait plus que le cri qu’elle avait poussé tout à l’heure.
Je l’ai accompagnée jusqu’à la porte, la main un instant dans le dos du manteau. Le couloir de la compagnie sentait encore la colophane mêlée au chauffage trop fort des radiateurs de fonte. Elena a passé le sac à l’épaule. Sur le papier, demain, elle serait encore mon interprète, le nom en tête d’affiche, le contrat signé, la hiérarchie intacte. Dans mon bureau, il n’y avait plus de papier qui tienne, plus de rôle écrit, plus de deuxième acte.
« Rentre, » ai-je dit. « Demain tu danses. Ce soir tu penses à ce que je t’ai dit. Tu me répondras. »
Elle a posé la main sur la poignée, et le loquet a bougé sous ses doigts avec le même claquement d’école, inversé. Elle s’est tournée une dernière fois, le visage encore marqué, la bouche encore rouge, et elle m’a regardé comme on regarde un ordre et une romance collés l’un à l’autre, impossibles à détacher.
« Je ne sais pas encore si je suis votre danseuse ou, » a-t-elle commencé.
La porte s’est refermée sur le reste de la phrase, et le couloir a repris son silence trop chaud. Elle n’avait pas répondu si elle voulait être gardée. La question est restée ouverte dans le bureau, sur le buvard taché, dans l’odeur d’elle qui ne partirait pas avant le matin. J’ai éteint la lampe. Plus tard, beaucoup plus tard, un homme sans titre s’installerait en face de chez elle, et je ne le savais pas encore.